Avant de nous parler de son ouvrage Accompagner son enfant vers le tennis de haut niveau, nous avons souhaité mieux connaître son auteur. Entraîneur passionné et fort d'une solide expérience dans l'accompagnement des jeunes joueurs, Stanley GASTON revient sur son parcours, sa vision du tennis et les valeurs qui ont guidé l'écriture de ce livre.
Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je m'appelle Stanley Gaston by société SG Coaching , je suis coach privé spécialisé dans l'optimisation de la performance, avec un accent particulier sur la biomécanique et le mouvement. Mais je ne suis pas qu'un "coach technique" : je suis également préparateur physique général et spécifique, et j'accompagne les joueurs sur la préparation mentale et la prévention des blessures. Mon approche est globale, parce que la performance ne se décrète pas, elle se construit sur tous les plans.
J'ai eu la chance d'occuper presque toutes les places autour d'un court, et c'est justement cette multiplicité de regards qui a façonné ma vision. J'ai été conseiller technique régional et coordonnateur de la ligue de Guadeloupe pendant 8 ans, responsable du pôle tennis du Creps, responsable de formation pour les diplômes d'entraîneur (IF, CQP, DE), directeur sportif de structure, et coach sur le circuit junior. J'ai accompagné des jeunes depuis leurs premiers tournois jusqu'aux sélections nationales, internationales en passant par toutes les étapes intermédiaires.
Ce qui fait ma force aujourd'hui, c'est d'avoir vu le tennis sous tous ses angles : celui de l'entraîneur sur le terrain, celui du formateur qui transmet, celui du directeur sportif qui structure, et celui du parent qui regarde son enfant évoluer. C'est de cette vision holistique et systémique de l'accompagnement sportif qu'est né ce livre. Tout est lié : le développement de l'enfant, son environnement familial, son entourage sportif, sa scolarité, son bien-être mental et physique. On ne peut pas traiter un élément sans les autres.
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ce livre ?
C'est né d'un constat à la fois beau et douloureux. J'accompagnais des jeunes aux qualités exceptionnelles, des enfants passionnés qui auraient eu tous les talents pour réussir. Mais beaucoup échouaient ou décrochaient non pas à cause de leur tennis, mais à cause de l'environnement qui les entourait.
J'ai vu trop de liens se briser entre les parents et leur enfant : des relations abîmées par la pression, des non-dits, des attentes disproportionnées. J'ai vu des enfants pas épanouis sur le court, qui jouaient pour faire plaisir, par obligation, et qui finissaient par détester ce qu'ils aimaient le plus. Certains pleuraient avant les matchs, d'autres après. Et les parents, souvent, ne comprenaient pas pourquoi, parce qu'ils pensaient bien faire.
Les parents, pleins de bonne volonté, se retrouvent démunis face à la pression, au rythme des compétitions, ou aux choix d'orientation. Je me suis dit qu'il fallait leur donner une feuille de route claire, un outil qui ne parle pas seulement de technique mais de tout ce qui gravite autour : la psychologie, la planification, la gestion des émotions, le rôle du parent dans l'ombre, et surtout, comment préserver ce lien précieux entre eux et leur enfant. C'était devenu une évidence : il fallait écrire ce livre pour réparer ce qui se fissurait trop souvent.
Vous accompagnez de jeunes joueurs depuis de nombreuses années. Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ? Avez-vous constaté des besoins ou des erreurs récurrentes chez les familles ?
Oui, absolument. Ce qui m'a le plus marqué, ce sont trois erreurs qui reviennent en boucle :
- Le parent qui devient "coach" : il donne des consignes techniques à la maison, pendant le match, et finit par brouiller les repères de l'enfant. L'enfant ne sait plus s'il doit écouter son entraîneur ou son parent, et cette confusion est destructrice.
- Le parent qui projette trop : il vit le rêve à travers son enfant et met une pression inconsciente, parfois destructrice. Il parle de "son" match, de "sa" victoire, de "son" classement. L'enfant disparaît derrière le projet parental.
- Le manque de planification : beaucoup pensent que le talent suffit et négligent la préparation physique, mentale ou la gestion des temps de repos. On mise tout sur l'instantané, sans vision sur le long terme.
Ces familles avaient un besoin criant de repères simples, concrets, pour retrouver leur juste place : celle de parent, pas de coach, pas de manager.”
Selon vous, quel est le principal défi auquel sont confrontés les parents lorsqu'ils accompagnent leur enfant dans un projet sportif ambitieux ? Quels sont les pièges les plus fréquents ?
Le principal défi, c'est l'équilibre émotionnel : garder le cap sur le long terme quand les résultats fluctuent, les blessures surviennent ou quand l'entourage (coachs, autres parents…) met la pression.
Les pièges les plus fréquents :
- Le piège de la comparaison : regarder sans cesse ce que fait le copain ou le rival, au lieu de se concentrer sur le chemin de son propre enfant.
- Le piège du résultat immédiat : c'est probablement le plus dangereux. Le système valorise les résultats à l'instant T avec des critères de sélection et de classement pour les intégrations en pôle, en équipe ou en structure, et c'est tout à fait normal, il en faut pour identifier les talents. Mais les parents se laissent submerger par la sortie du système fédéral ou la non-sélection. Ils oublient que le haut niveau est un marathon, pas un sprint, et qu'un "non" à 12 ans ne signifie pas un échec à 18 ans.
- Le piège du surenchère : multiplier les cours, les stages, le matériel, en croyant que "plus" est synonyme de "mieux". On oublie que la récupération et le temps libre sont aussi des facteurs de progression.
- Le piège de l'oubli de l'enfant : à force de parler performance, on finit par oublier de demander à son enfant s'il aime toujours ça, s'il s'amuse, s'il est heureux.
Concrètement, que vont découvrir les lecteurs dans votre ouvrage ? À qui s'adresse-t-il et en quoi peut-il les aider dans leur quotidien ?
Ce livre s’adresse avant tout :
- Aux parents d’enfants et d’adolescents engagés dans le tennis,
- Aux familles qui veulent bien faire mais se sentent parfois perdues, qui manquent parfois de repères. À ceux qui donnent beaucoup, parfois trop, sans toujours savoir comment se positionner.
- Aux entraîneurs et dirigeants qui souhaitent mieux accompagner les parents.
- Aux parents d’enfants de moins de 10 ans qui se demandent jusqu’où aller
- Aux parents d’enfants de plus de 10 ans qui entrent dans la compétition sérieuse
- Aux parents d’adolescents confrontés aux doutes, aux crises, aux blessures, à la pression
- Aux familles qui envisagent une académie, un pôle, une scolarité aménagée ou une déscolarisation
- À tous ceux qui veulent comprendre avant de décider
Il s’adresse aussi, plus largement, à tous ceux qui s’interrogent sur la place de l’adulte dans le développement de l’enfant à travers le SPORT.
Si vous deviez adresser un seul conseil aux parents dont l'enfant rêve de progresser ou d'atteindre le haut niveau, quel serait-il ?
Un seul conseil, mais je le répète sans cesse :
"Ne soyez pas le juge de votre enfant, soyez son port."
Soyez celui ou celle qui sécurise, qui rassure, qui accueille les émotions sans les juger. L'enfant a besoin de savoir que votre amour ne dépend pas de ses résultats. Plus vous serez solides dans cette posture, plus il prendra des risques, plus il osera, plus il progressera. Le haut niveau se construit dans la durée, et la durée, elle tient d'abord par la relation. Un enfant qui se sent aimé et soutenu, quel que soit le score, est un enfant qui aura envie de revenir sur le court, jour après jour, année après année. Je répète « le haut niveau est un marathon, pas un sprint ».
Et ma devise : « restez positif en toutes circonstances »















